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Le lendemain du 21 janvier

January 24, 2019

J’étais voici quelques jours dans un café où j’ai mes habitudes. Signe que nos gouvernants sont absolument incorrigibles, le carrefour voisin s’est trouvé paralysé d’un coup par des motards aux gestes autoritaires, et cinq ou six voitures officielles ont passé. C’étaient des sortes de corbillards rutilants aux vitres teintées, capables d’attirer à trois kilomètres l’attention d’un terroriste amateur par le flamboiement de lumières bleues clignotantes, un véritable « motorcade » de série Netflix. Avec un mouvement de colère devant ce spectacle lamentable, une dame à côté de moi s’est exclamée : « à bas à la monarchie ! »

 

Je crains que cette dame ne se trompe et que ce soit bien notre République qui soit en faute, et pas la monarchie. Le monarque a pour lui de ne s’être jamais porté candidat, de ne jamais avoir prétendu à une supériorité personnelle qui le justifierait d’espérer gouverner les autres. Il est là parce qu’il ne peut pas faire autrement, parce qu’il est le fils de son père. Son pouvoir n’a rien à voir avec sa compétence. C’est la raison pour laquelle il peut représenter chaque sujet fût-ce le plus modeste, le moins démiurge de sa propre existence, parce que sa destinée involontaire démontre que « chaque homme est nécessaire », même celui qui n’y peut rien, qui n’a rien choisi.

 

 

Le « monarque républicain » dont on se plaint n’est en rien un monarque. C’est parce qu’il n’est que républicain que se dirigent contre lui, avec violence, le grief d’imposture et le grief de supériorité. Lorsque les citoyens reprochent au gouvernant, ce qu’ils font assez continûment, de ne pas tenir ses promesses, on voit assez vite qu’ils regrettent moins ces promesses pour leur contenu que parce qu’elles étaient un gage de l’honnêteté foncière de qui prétendait représenter la nation entière. Peu importent les promesses, il faut qu’il les tienne. Mais il ne les tient jamais. Et ses affidés hantent les palais nationaux de l’air de qui dirait : « c’est nous qui sommes les duchesses à présent ».

 

Le monarque républicain est condamné à l’empire ou au néant. S’il se contente d’incarner, il fâche ceux qui l’ont élu pour qu’il décide. S’il décide, il fâche les deux tiers des électeurs qui n’ont pas voté pour son programme. La confusion des fonctions de dignité et des fonctions d’efficacité, pour reprendre la distinction de Walter Bagehot, conduit nos institutions à leur perte. Elle les rend aussi assez laides.

 

C’est pour cela que le rétablissement de la monarchie aurait de nombreux avantages esthétiques. Il rendrait l’exécutif modeste et accessible, en le débarrassant de toutes ces singeries qui rappellent le temps des rois sans en dispenser aucun des bienfaits et sont d’ailleurs évidemment contraires à la vertu républicaine. Le roi s’établirait à Vincennes ou au Louvre, entouré non de ces gendarmes dont la tenue donne alentour un fâcheux air d’opération de police, mais d’une cour élégante, civile et réduite, débarrassée des flonflons de caserne, des galopades préfectorales, des visiteurs du soir. Le gouvernement, vraiment responsable devant le parlement, conforté par des élections régulières, occuperait un immeuble modeste dans les profondeurs paisibles du quartier Saint-Georges ou sur les hauteurs de Belleville. Ses membres iraient à pied sans se prendre pour de grands seigneurs. L’Élysée serait rendu à sa fonction première, celle d’un hôtel particulier de cocotte, et les palais du 7e seraient changés en hôtels de luxe, assurant enfin la paix aux habitants du quartier, qui ne seraient plus obligés de vivre à Santiago du Chili, faible prix il est vrai à payer pour s’établir au centre du monde. Il n’y aurait plus de course du rat dans la Légion d’honneur. Chaque année, un décret royal anoblirait Nicole Notat, Michel Houellebecq, Kaaris et Booba, et ce serait tout.

 

On peut rêver d’un roi qui soit à la fois le symbole et le garant de l’incorporation durable des progrès de la société à la tradition nationale, les soustrayant aux emportements de la peur, de la haine sociale d’un côté, de l’arrogance technocratique de l’autre, et nous gardant de cette violence politique qui est notre trait le plus marquant, puisque nous oscillons sans cesse depuis la Révolution entre la réconciliation par le centre et l’assomption des extrêmes, deux voies illusoires. Ce serait sans doute un avantage dans un temps où nulle idéologie ne convainc plus, où chacun paraît souhaiter défaire le gouvernement après l’avoir fait, où le complot hante les esprits, où l’État semble s’effacer devant des forces et des puissances supérieures à lui, ensemble continentaux, superpuissances, terroristes, géants de l’information, où enfin l’argent seul paraît régner pendant que le libéralisme sous sa forme exclusivement matérialiste organise la guerre de tous contre tous.

 

Je parlais de rêver, et c’est un songe en effet, rien d’autre. Il devrait nous conduire à réformer profondément nos institutions. Faisons un roi, ou, si c’est impossible, faisons enfin une vraie République.

 

 

Chronique de François Sureau paru dans LA CROIX le 22 janvier 2019

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